vendredi 17 septembre 2010

le destin d'une famille palestinienne

"Ahmed, le père de Sura, était né en 1944 à Jaffa. Avec ses parents, il avait été pris en tenaille dans les tensions qui agitaient cette région de la Palestine. Sa famille avait assisté à l'arrivée massive des Juifs traumatisés par les persécutions et la barbarie, et à leur installation sur une terre qu’on leur avait promise. Elle avait été témoin de la montée des tensions et de l'incapacité de l'administration britannique à y faire face. En 1948, lorsque cette fragile mosaïque de Jaffa avait explosé, la famille d’Ahmed – à l’image de tout un peuple- fut propulsée par une gigantesque onde de choc de la Méditerranée jusqu’au Jourdain. "

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Sura se met en quête sur les chemins de Palestine, et retrouve la trace de sa famille....


"- Tes recherches ne mèneront à rien. La Palestine dont ton père t’a parlé n’existe plus. J’ai presque tout effacé de ma mémoire, volontairement ou non. Quant à Jaffa, je n’y ai jamais habité, et ton père y a vécu à peine cinq ans. Je me demande si tout cela a vraiment existé !
Sura protesta :
- Jaffa a existé, je te le promets ! J’ai rencontré une sœur qui a enseigné à l’Ecole Saint Joseph de l’Apparition. Ta mère y allait quand elle était petite, c’est bien ça ? Et j’ai vu Redona, la maison Dajani. On ne peut pas tout effacer comme ça ! Il y a tant de choses ici qui me ramènent à la famille, je ne peux pas m’empêcher de courir après notre passé. Et tu sais, il y a encore plus troublant : j’ai appris que quelqu’un était sur les traces de papa. En Jordanie, des archives qui le concernent ont été consultées récemment. Maman, je sais qu’il est en vie, pas loin d’ici. J’en ai l’intime conviction, et je ferai tout pour le retrouver. J’ai besoin que tu m’aides, maman. Aide-moi à comprendre ce qui s’est passé, pendant toutes ces années !"

la DGSE

La Direction générale de la sécurité extérieure( DGSE) est le service de renseignement extérieur de la France. La direction des Opérations comprend le Service action dont les agents conduisent des opérations, souvent clandestines, à l'extérieur du territoire national.
" Blachon renifla à nouveau, et fit un petit signe de la main pour signifier à Gilles qu'il pouvait reprendre le cours de son exposé:
- Nous avons retrouvé la trace de cette jeune fille, d'après cette photo, grâce au concours du ministère tunisien de l'intérieur: identité, dates d'entrée et de sortie, motif et lieu de séjour en Tunisie, ils nous ont tout donné…
- J'ai bien compris, un stage d'arabe à l'institut Bourguiba, fit Blachon avec l'air de celui qui sait tout.
- Oui. Et, grâce à cet institut, on a pu remonter jusqu'à la fac que fréquentait Sura en France à cette époque. En l'occurrence l'Institut des Langues Orientales, à Paris. L'INALCO. Grâce aux anciens fichiers de la fac, on a pu avoir les coordonnées de cette jeune femme. Elle n'a pas changé d'adresse au cours des 8 dernières années.
- Et alors, est-ce que vous êtes CERTAINS qu’elle n’ait pas gardé contact avec le terroriste présumé? interrogea Blachon avec cette fois une nette intonation. Sans attendre la réponse, il chuchota quelque chose de l'oreille du chef de cabinet. "

mercredi 15 septembre 2010

résumé du livre

Une série d'attentats ensanglante le Moyen-Orient au cours de l'hiver, ciblant tout particulièrement les intérêts français. Pourquoi les services secrets français s'intéressent-ils tant à une jeune documentaliste parisienne? Cette jeune femme sans histoires pourrait-elle les conduire vers la tête d'un réseau terroriste? Du jour au lendemain, là voilà propulsée au cœur d'un Moyen Orient en ébullition, où le danger surgit là où s'on y attend le moins. De la Jordanie au Liban, en passant par Israël et la Cisjordanie, l'enquête plonge dans les milieux nationalistes palestiniens, où les plus nobles figures côtoient d'authentiques criminels. Tout au long d'une traque haletante, l'intrigue chemine à travers le destin d'un peuple qui, entre trahisons et promesses non tenues, a raté son rendez-vous avec l'histoire.

Derrière ces collines, la Palestine!

"Pour se rendre au camp de Beqaa, il fallait prendre la route qui conduit à Jerash, en direction du nord. Dès qu'on quittait les hauteurs d'Amman, la route plongeait en serpentant au milieu des cultures maraîchères. La nuit était déjà en train de tomber, alors qu'il n'était que 17 heures. Vers l'ouest, les collines recouvertes de pins se découpaient en contre-jour sur un ciel rougeoyant des dernières lueurs du jour. Derrière ce bouclier de terre et d'arbres, c'était la Palestine, pensait Sura. Elle imaginait que son père avait dû emprunter si souvent cette route pour venir à Amman. Lui aussi, il avait dû tourner la tête vers ces collines qui le séparaient du pays qu'il avait laissé, de l'autre côté. Il lui avait tant livré de témoignages, il devait être obnubilé par les souvenirs, déjà à l'époque. Quel destin… Ahmed avait cinq ans quand la famille avait quitté Jaffa. Sa mère avait fui avec lui, seule. Seule, car son mari avait été arrêté par les Israéliens dès le déclenchement de la guerre. En fait, tous les jeunes Arabes de Jaffa avaient été enrôlés par les Israéliens, pour éviter qu’ils aillent grossir les rangs de la résistance. Le grand père de Sura avait été envoyé dans un kibboutz dans la région de Lydda, ou il épluchait des pommes de terre toute la journée."

mardi 14 septembre 2010

A l'approche du camp


Abou Brahim remonta sa vitre et redémarra tout doucement. Il dut donner des coups de volant pour contourner des groupes d’hommes agglutinés par paquets au milieu de la route. Sura devina l’entrée du camp aux drapeaux palestiniens érigés en hauteur, à côté de portraits du cheikh Yacine et d'Hassan Nasrallah en turban noir. Il y avait aussi d’autres portraits d’illustres inconnus qui avaient du finir leur vie en cibles mobiles des roquettes israéliennes. Enfin, alors qu’ils arrivaient à une dizaine de mètres de plusieurs hommes en armes, Abou Brahim immobilisa le véhicule.
- Encore des militaires ? s’inquiéta Sura.
- Non, ce sont des miliciens qui assurent la garde du camp, et je te garantis qu’ils ne plaisantent pas. Surtout, ne bouge pas de la voiture.
            Une fois sorti, le cheikh barbu verrouilla la voiture d’une pression sur la télécommande. Quand ils le virent s’approcher, deux miliciens le braquèrent avec leurs fusils d’assaut. Ils étaient vêtus dans des tenues militaires dépareillées, barbus et coiffés de keffiehs blancs et noirs. Ils le tâtèrent de haut en bas, pour s’assurer qu’il ne portait pas une ceinture d’explosifs sur lui.

les murs de Jéricho


La route de Jéricho était familière aux Français. Depuis leur arrivée en mission à Jérusalem, ils avaient fini par trouver que Jérusalem était une ville étouffante. Au-delà de la magie de la ville sacrée, au-delà des pierres qui transpiraient les millénaires de souffrances et de dévotion, on se sentait vite à l'étroit entre des communautés qui se frôlaient mais qui ne se mélangeaient pas. Du coup, le week-end, comme beaucoup expatriés européens, ils se rendaient souvent à la mer morte pour gagner quelques degrés de température, et se soustraire à la tension ambiante. Ce n'était pas pour rien que Jéricho avait été appelée Palmenstadt par les orientalistes allemands. Aujourd'hui, la ville entourée de miradors et de barbelés était bien loin d'être une oasis, mais la trouée du Jourdain lui donnait un goût de liberté. Jean se dit qu'un jour peut être, d'autres trompettes feraient s'effondrer les murs de cette citadelle de palmes.

Sura, l'exode à l'envers

A l'inverse de son père, un Palestinien déraciné qui a vécu l'exode depuis 1948, Sura remonte l'histoire de son peuple, étape après étape. Elle est issue d'une famille riche et bourgeoise de Jaffa, qui a fini dans la déchéance des camps palestiniens du Liban, à la fin des années 70. A l'instar de cette lignée sacrifiée par la guerre et l'exode, elle quitte le confort parisien pour rencontrer le long de son chemin la peur, la misère et la mort.

Au cours de ce voyage dans le passé, Sura revisite l'espoir de cette génération de nationalistes. Mais, chemin faisant, elle découvre aussi leurs rivalités, leurs trahisons et les occasions manquées qui ont fait rater aux Palestiniens leur rendez-vous avec l'histoire.

En remontant progressivement le fleuve de l'exode, passant d'un pays à l'autre, elle reproduit en contrepoint l'itinéraire de son père. Activiste palestinien pourchassé, il a sans cesse dû fuir et quitter le pays dans lequel il croyait avoir enfin trouvé refuge. Comme lui, qui a dû mentir et trahir pour quitter le Liban dans lequel il était voué à une mort certaine, Sura doit à son tour tromper ses partenaires pour parvenir jusqu'au bout de sa quête. Enfin arrivée au terme de son voyage, c'est elle- sans le vouloir- qui condamne finalement son père à la mort qui l'attend.

vendredi 10 septembre 2010

Jaffa! Jaffa!







La corniche de Tel-Aviv était bordée d’hôtels, de résidences de vacances, de restaurants. Une vraie ville balnéaire, comme on trouve sur la côte d’Azur. Elle longea un alignement de grands immeubles, puis les laissa derrière elle pour arriver à un petit promontoire qui s’avançait vers le large. En arrivant sur une place rectangulaire au milieu de laquelle était plantée une flèche pointue, elle reconnut la tour de l’horloge turque. Elle abandonna sa voiture dans une rue adjacente, et s’élança dehors, le cœur léger. Elle avait envie de hurler sa joie : enfin, Jaffa était là ! Elle avait remonté ce long fleuve de l’exode qui avait charrié ses limons jusqu’à Antony.
Sac sur le dos, baskets aux pieds, Sura se lança dans la ville. Elle sillonna les rues pendant deux heures, peut-être trois. La partie ottomane, le quartier de l’hôpital français et de l’église maronite, le quartier Ajami où se trouvait Redona, et le port. Elle était émue en parcourant ces lieux dont elle avait entendu parler. Émue aussi de constater que la ville était bien loin de l’image que ses parents lui avaient transmise. Ici, d’immenses résidences de luxe pour citadins fortunés ; là, le port où des yachts avaient chassé les bateaux de pêche ; enfin, les vieilles villas à la splendeur passée avaient été découpées en appartements.